“Il ne faut pas perdre le fil de la transformation”

Interview à Ouest-France, publiée le dimanche 8 juillet 2018.

 

Qu’annoncera le Président au congrès ?

Je n’écris pas ses discours (rires). Ce ne sera pas une déclaration de politique générale, pas plus qu’il n’annoncera un catalogue de mesures, ce ne serait pas le lieu. A travers les parlementaires, il s’adressera aux Français pour préciser le sens de son action. Il dira sans doute quelques mots sur la réforme des institutions, un chantier qu’il avait lancé au Congrès de Versailles l’an dernier et qui est en train d’aboutir, avec le début de son examen à l’Assemblée, ce mardi.

Faut-il réunir le congrès pour cela ?

Emmanuel Macron s’était engagé à le faire une fois par an, il tient parole et en fait un rendez-vous régulier. Le faire de façon solennelle, devant les députés et les sénateurs réunis en Congrès, est à l’honneur du Parlement.

Il fera le bilan de sa première année ?

C’est important de faire des bilans. Je le défends pour moi-même et les députés, je le défends aussi pour le Président de la République et le gouvernement. Face à la dictature de l’immédiateté, le risque est de perdre le sens général des réformes engagées alors que l’action politique s’inscrit dans le temps long. Mais il devrait aussi évoquer les quatre années à venir, se projeter dans ce qui doit être fait, présenter ses priorités…

Quelles sont-elles, ces priorités ?

Ne pas perdre le fil de la transformation et ne pas céder à la tentation de la gestion qui guette tout gouvernement, président ou majorité. « L’immobilisme est en marche et rien ne l’arrêtera », disait Edgar Faure. En Marche a arrêté l’immobilisme. Il faut continuer et c’est ce que le Président veut. La mise en perspective de ce qui s’est fait depuis un an montre que les transformations sont possibles, par le dialogue, même quand elles sont difficiles et se heurtent à des mécontentements.

La réforme des institutions va aboutir ?

Je le crois, parce que nous avons créé les conditions d’un accord entre l’Assemblée et le Sénat. Il est à portée de main. Nous avions pourtant de nombreuses divergences il y a un an, sur la réduction du nombre de parlementaires, la limitation des mandats dans le temps… La tentation de l’abandon était forte, y compris au sein de notre majorité. J’ai invité le Président à ne pas céder. La bataille du parlement rénové et renforcé ne fait que commencer, mais nous avons beaucoup avancé.

Sur quels points ?

Le principe d’un calendrier législatif prévisionnel sur six mois, par exemple. Cela nous évitera d’avoir des ordres du jour à hue et à dia comme on l’a vu ces derniers mois, et qui ne permettent pas aux députés de travailler correctement. L’idée du contingentement des amendements, auquel je m’étais publiquement opposé, a été abandonnée et c’est une bonne chose. Il faut en revanche délimiter le temps des débats pour mieux se concentrer sur les enjeux essentiels. Certains textes pourraient être étudiés exclusivement ou en partie en commission pour réserver les séances publiques aux grands débats de société, sans les noyer par des milliers d’amendements.

C’est vraiment un problème ?

Au cours de la législature précédente, les Allemands ont débattu 191 amendements en séance publique. Nous, 191 000 amendements ! Mille fois plus. Pour une loi aussi fondamentale que celle sur le Brexit, la chambre des communes britannique s’est astreinte à 12 heures de débat, avec 15 amendements, et pourtant rien n’a été éludé.

Nos députés sont trop bavards ?

Je respecte toutes les façons d’exercer le mandat. L’Assemblée a toujours eu une « fonction tribunitienne », qui fait que certains cherchent à ce que leurs discours soient repris par la presse plus qu’ils ne s’intéressent au travail législatif. Cette tendance s’amplifie avec les réseaux sociaux, mais d’autres essayent aussi d’innover, avec davantage d’interactions avec les citoyens. Avec la fin du cumul des mandats et le très fort renouvellement de l’Assemblée, les députés n’ont jamais été aussi actifs. La fonction est à réinventer, en gardant le contact direct avec les citoyens.

Et en renforçant leurs pouvoirs de contrôle ?

Le travail d’évaluation et de contrôle doit devenir le deuxième pilier du mandat de député, avec le travail législatif. Pour faire de bonnes lois, il faut faire de l’évaluation, se poser la question de l’efficacité des lois existantes. Il faut pouvoir contrôler les administrations, accéder à leurs données, ne plus dépendre de ce qu’elles veulent bien nous transmettre. Nous allons créer une agence parlementaire d’évaluation, indépendante, pour aider les députés dans leurs missions.