Simone Veil au Panthéon

Simone Veil entre au Panthéon. Son combat pour la liberté de choix des femmes l’inscrit en effet dans la lignée des grands républicains qui ont fait avancer la société française.

Elle reposera aux côtés de Voltaire et de Rousseau, de Victor Hugo et d’Alexandre Dumas, de Jean Jaurès et d’Émile Zola, de Jean Moulin et d’André Malraux, de Pierre et de Marie Curie, de Geneviève de Gaulle-Anthonioz et de Germaine Tillion : aux côtés, en somme, de tous les grands esprits qui ont éclairé la France.

Ce n’est que justice, après une vie d’épreuves et de combats. Partie à seize ans pour Auschwitz-Birkenau, séparée de ses parents qu’elle n’a jamais revus, elle a dû subir l’abominable sort de ces déportés qu’on employait à des travaux éreintants, jusqu’à l’épuisement et la mort.

Mais l’espoir demeurait, un espoir que soutenait une énergie hors du commun. Elle a survécu. De ce camp d’où l’on ne devait pas revenir, elle est revenue, bien décidée à témoigner, bien décidée à faire savoir ce qui s’y était passé. Bien décidée, enfin, à défendre la dignité humaine et la démocratie, ce qui a orienté sa vie.

Magistrate, fonctionnaire au ministère de la Justice, Simone Veil a suivi une belle carrière administrative qui aurait contenté beaucoup d’hommes, et que peu de femmes de sa génération ont connue. Mais sa personnalité, sa détermination, ses talents, l’ont conduite à exercer de nouvelles responsabilités.

Nommée ministre de la Santé en 1974, elle s’empare d’un dossier difficile, controversé, celui du droit à l’avortement, qu’elle mènera à son terme avec persévérance et courage : le libre choix des femmes, la liberté de ne pas subir les grossesses non désirées. C’est rompre avec des siècles de certitudes, dans un monde encore largement dominé par les hommes. Le débat sera l’un des plus crispés, l’un des plus durs de la Ve République.

L’Assemblée nationale ne compte que treize femmes à l’époque, c’est-à-dire moins de 3% des sièges, alors qu’elles représentent presque 40% de la représentation nationale aujourd’hui.

Simone Veil, qui n’a jamais été députée, s’illustre pourtant dans l’hémicycle du Palais-Bourbon : au banc du Gouvernement, elle tient bon. Avec dignité, avec fermeté, elle écoute les adversaires de son projet de loi, domine les outrages, les simplifications grossières et les raccourcis injurieux. Sans jamais perdre de vue son objectif, sans s’énerver, sans forcer la voix, elle trouve une majorité pour adopter son texte. À tous, elle donne une grande leçon de démocratie.

C’est pourquoi, cinq ans plus tard, elle a de nouveau rendez-vous avec l’Histoire. En 1979 en effet, pour la première fois, le Parlement européen est élu au suffrage universel direct. Simone Veil, tête de liste en France, devient présidente de cette assemblée parlementaire transnationale, unique en son genre à travers le monde. Pour elle, Français, Allemands et autres habitants de l’Europe, devaient apprendre à s’entendre, à se parler et surtout à construire ensemble leur avenir.